
Un ami docteur en philo et écrivain a élaboré un article fort intéressant et si sensible...
le voici ; j'espère que vous l'apprécierez ...
Texte de Jean-Luc Berlet :
" La fonction sociale et thérapeutique du café-philo."
Un fragment de Montaigne :
" Nous avons une très douce médecine que la philosophie ; car des autres, on en sent le plaisir qu'après la guérison, celle-ci guérit et plaît ensemble. "
- En France, le Café-Philo a toujours eu une fonction de lien social en tant que lieu de rencontre
informel autour d'un verre. D'ailleurs, l'effondrement récent du nombre de cafés en France a coïncidé avec le délitement du lien social dans notre société, ce qui n'est pas le fruit du hasard.
L'invention du café-philo par Marc Sautet en 1992 a aussi contribué à relancer cette fonction de lien social du café qui était en train de se perdre. Si cette fonction sociale du café-philo
semble évidente, il n'en est pas de-même pour sa fonction thérapeutique...
L'idée
que la philosophie soit thérapeutique ne devrait guère nous surprendre, dans la mesure où les grecs, inventeurs du mot "philosophie" peu après "l'idée" chinoise (Confucius, Lao-tzeu...), la
considéraient comme une médecine de l'âme pour reprendre la belle expression de socrate. Dans son excellent ouvrage "Qu'est-ce que la philosophie antique ? Pierre Hadot nous rappelle à quel point
les grecs assimilaient la philosophie à une thérapeutique, refusant toute séparation entre la théorie et la pratique. Pour les grecs, la philosophie était véritablement une manière de vivre
engageant tout notre être, l'adhésion à une école philosophique étant comparable à une forme de conversion spirituelle. Cette dimension thérapeutique a été provisoirement écartée par le triomphe
en Occident de la philosophie universitaire marquée par l'avènement de l'hégéliasnisme. C'est d'une part la philosophie existentialiste, initiée par Kierkegaard et d'autre part la philosophie
tragique, martelée par Nietzsche qui vont faire renaître l'idée d'une dimension thérapeutique de la philosophie. Alors que la philosophie "sauvera" Kierkegaard de son désespoir, Nietzsche fera du
philosophe le médecin de la civilisation, tout en reprochant au socratisme d'être un analgésique contre la douleur. C'est d'ailleurs assis à sa terrasse de café de Copenhague que Kierkegaard
trouvera l'essentiel de son inspiration philosoplhique. Et son disciple existentialiste Sartre écrira une partie de ses oeuvres dans le célèbre 'Café de Flore" !
Sartre avec sa psychanalise existentielle et Foucauld avec son souci de soi confirmeront ce retour au moins
partiel à l'idéal philosophique grec.
Convaincu par cette dimension
thérapeutique de la philosophie, il nous reste à en révéler le contenu. La Philosophie nous soigne fondamentalement de notre désespoir lié à l'absence de sens. En donnant un sens même provisoire
à ce que nous vivons, la philosophie apaise quelque peu notre sentiment de l'absurde. Même si elle n'apporte pas forcément de réponse satisfaisante à nos quesions les plus lancinantes, elle
permet au moins de distinguer les vrais problèmes des faux, ce qui est déjà beaucoup. De manière plus triviale, la philosophie nous soigne de la banalité du quotidien en nous faisant découvrir
des pans inédits du réel. La philosophie a la faculté béatifiante de transfigurer la réalité pour la rendre plus intéressante qu'elle ne paraît au sens commun.
Aristote et Platon voyaient en la capacité de s'étonner et de s'émerveiller l'essence même de la
philosophie, ce en quoi le philosophe est un naîf au sens noble du terme. Or, c'est la perte d'une telle capacité d'étonnement qui est aujourd'hui la cause principale du mal de vivre, un mal qui
se caractérise par la saturation du désir.
Jean-Luc BERLET
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